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Scratch-Tech – l’Art Proof of Work

Par Audran Lemaitre , le 2 décembre 2022 - 7 minutes de lecture

L’Art, aussi complexe qu’il puisse paraitre, est avant tout une forme d’expression. En passant par les formes les plus archaïques avec l’art pariétal durant la préhistoire, les géants de pierre pendant l’ère égyptienne, le réalisme de la Renaissance et aujourd’hui, l’art contemporain qui casse les codes établis, cherchant à gommer l’intervention humaine.

Parfois pointus, souvent surprenants (ou même loufoques), les processus artistiques se font et se refont comme les vagues d’une mer agitée qui porte le message des artistes.

L’art numérique, par essence, pouvait être copié à l’infini. Toutefois, la naissance des NFT (jetons non fongibles) a désormais résolu ce problème, assurant une authentification et une traçabilité encore plus solide que celles des œuvres d’art physiques. Le boom des NFT a radicalement changé la place de l’art digital sur le marché de l’art. En 2021, une œuvre de l’artiste numérique Beeple a été vendue 69 millions de dollars, rien que ça…

Dans cet article, nous allons nous intéresser à Scratch-Tech, un projet qui souhaite donner davantage d’outils de création aux artistes en s’inspirant de la technologie derrière Bitcoin.

Qu’est-ce que Scratch-Tech ?

Chaque jour, des milliers de nouveaux NFT dit « artistiques » sont créés mais le plus souvent, ne sont que des déclinaisons sans âme. Ainsi il est de plus en plus difficile de se démarquer face aux grands volumes de création et l’uniformisation ambiante.

Scratch-tech donne de nouveaux outils aux artistes digitaux pour raréfier et personnaliser davantage un NFT ouvrant de nouvelles perspectives artistiques pour ces derniers.

Pour ce faire, Scratch-tech s’inspire de la technologie derrière Bitcoin, le Proof of Work. Pour rappel, le PoW s’organise autour d’un réseau de mineurs qui doivent résoudre des problèmes mathématiques complexes nécessitant une grande puissance de calcul. Le premier mineur qui résout le problème obtient les récompenses en bitcoins et peut créer le prochain bloc.

Le but de ce projet est d’étendre le concept de PoW de Bitcoin à des œuvres d’art plutôt qu’à des blocs de bitcoins : c’est « L’Art Proof of Work ». Il consiste à ajuster n’importe quel fichier numérique (image, vidéo, bande sonore, texte etc.) afin de trouver un hachage qui possède certaines caractéristiques.

Ca veut dire quoi « hachage » ?

Ici, quand on parle de hachage, salage ou poivrage, on ne parle pas d’une bonne viande hachée mais de procédés cryptographiques (oui, les informaticiens ont un certain sens de l’humour).

Le hachage permet d’obtenir une empreinte digitale d’un fichier existant. Par exemple, avec une fonction de hachage vous pouvez réduire l’ensemble des informations contenues dans la Bible en une suite de plusieurs dizaines de caractères. Cette suite est appelée un « hash », c’est en quelque sorte l’empreinte ou la signature d’une information. Mais à quoi cela sert-il ?

Le Bitcoin, lui, se sert de la fonction de hachage SHA-256, qui permet de sécuriser les transferts d’informations qui transitent sur le réseau. Chaque bloc est donc enregistré sous un certain « hash » (=empreinte) sur le réseau qui prend la forme d’une séquence alphanumérique de longueur fixe, par exemple : « 00000000000000000000f20ac5f87bec66020281880e097b89ec7b115e8d6385 ».

Félicitations ! Vous venez de comprendre l’un des fondements de la cryptographie.

Mais quel lien avec Scratch-tech ?

Par nature, un hash est imprévisible, il est impossible de choisir les lettres et numéros qui le composent. L’algorithme de Scratch-tech permet justement de modifier « l’empreinte » ou le hash d’un fichier afin de le faire correspondre à une information donnée.

Appliqué aux NFT, il permet ainsi à l’artiste de cibler un hachage qui a un lien avec son oeuvre. Voici un exemple :

Bad Code, par XCOPY. Le hash de l’œuvre originale est : 7248844202b7045b0ee8da4ca9cda[…]

L’œuvre a été scratchée : scratched Bad Code dont le hash est badc0ded85d1213da35c7aecbbea[…]
Voilà un cas d’usage, mais la seule limite est votre imagination : par exemple, le fameux street-artist Banksy pourrait mettre en vente un NFT mettant en lumière sa nouvelle œuvre dans un lieu inconnu… Si le NFT était scratché il pourrait indiquer un messsage caché dans le hash avec les coordonnées géographiques de son œuvre !

Vous l’avez compris, les possibilités sont infinies ! Avec scratch-tech n’importe quel créateur peut indiquer :

  • Une série de chiffres également inclus dans l’œuvre d’art
  • Le dernier mot d’une phrase qui commence dans l’œuvre d’art
  • Une date de naissance spécifique
  • Un nom spécifique
  • Des coordonnées géographiques etc.

 SCRATCHER, c’est simple ?

 Mais ne croyez pas qu’un NFT scratché est créé comme par magie ! Prenons un exemple concret pour comprendre le fonctionnement du scratching !

ScratchClayPunks est un projet NFT qui vise notamment à reproduire la collection CryptoPunks en pâte à modelée (oui oui). Voici l’image que nous allons scratcher, faisant référence au CryptoPunk n°1559 :

ScratchedClayPunk #1559

L’objectif est d’obtenir un hash pour cette image qui commence par « 1559-blablabla… ».

Le principe du scratching revient à modifier la colorimétrie de l’œuvre d’art originale afin d’obtenir des millions de versions :

Bien sûr, dans la réalité, les variations de couleurs sont tellement infimes que l’œil humain ne peut pas les détecter ! Ensuite, l’algorithme va calculer le hash de ces millions de version (avec la fonction SHA-256) afin de trouver « par chance » LA VERSION qui commence par « 1559-blablabla…). Scrath-Tech retiendra alors la version concernée pour en faire l’œuvre finale avec le bon « hash cible ».

Un tout nouveau NFT (visuellement identique pour nous humains) sera alors émis commençant par l’information voulue ! D’où le nom SCRATCH, signifiant « égratigner » ou « érafler » puisque l’on modifie de quelques pixels ou nuances de couleurs l’œuvre originale !

Raréfier un NFT

Ce procédé qui parait simple prend dans la réalité énormément de temps : Plusieurs jours voire semaines selon la taille du fichier et le hash cible !

En effet, pour que l’algorithme trouve la séquence de caractères voulue, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin… En termes de probabilité, c’est comme tenter de deviner les numéros gagnants du LOTO… sans indice, simplement en testant l’un après l’autre des millions de grilles 🤯

Mais rassurez-vous ce procédé est en cours d’optimisation et vous n’aurez pas besoin d’attendre un demi-siècle pour personnaliser votre NFT 🙂

Néanmoins cela a l’avantage d’apporter une valeur intrinsèque à l’œuvre. En effet une preuve de travail est nécessaire pour scratcher un œuvre. Il faut fournir une certaine puissance de calcul, de la même manière que Bitcoin pour valider un nouveau bloc !

La suite pour Scratch-tech ?

Scratch-tech veut devenir une boîte à outils pour les artistes digitaux. La proposition de valeur est de pouvoir modifier le hash d’un actif à sa guise, ce qui était auparavant impossible !  Et le projet réfléchi actuellement à étendre sa gamme de service à tous types de documents numériques : vidéos, musique etc…

Conscient de la lenteur du procédé, des méthodes d’optimisation sont en cours de réflexions, notamment avec :

  • Un mécanisme de pools de minage pour favoriser la compétition et ainsi réduire le temps de minage.
  • La création de leurs propres machines de minage, une version des ASIC optimisées pour le scratching

Dans cet article, nous avons seulement effleuré la surface de ce qu’il était possible de faire avec cet algorithme. Laissons maintenant le temps et l’ingéniosité des artistes s’exprimer… A vos pinceaux !

Lien(s) utile(s)

https://www.scratch-tech.com/

https://blog.artsper.com/fr/la-minute-arty/quest-ce-que-lart-numerique-exactement/

https://www.parisladouce.com/2019/01/art-levolution-des-expressions.html

https://cryptoast.fr/hash-hachage-bitcoin-blockchain/

https://cryptoclay.xyz/

https://www.journaldunet.com/media/publishers/1515393-splendeurs-et-miseres-des-nft-un-mal-pour-un-bien-1664976042.amphtml/

https://hellosafe.be/investissement/nft/rapport-2022-statistiques-nft

Audran Lemaitre

Actuellement en poursuite d’un Master dans la finance, j’ai découvert le monde des cryptos en 2020 et depuis je n’en suis pas ressorti… Co-fondateur de Blockus, je vulgarise et partage ma passion pour ce secteur qui regorge d’innovations.

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